Le conseil municipal du 16 mai 2011 de Marseille, risque à 99,99% d'entériner la proposition du Maire de Marseille, de faire de la Sodexo, l’unique attributaire du contrat de restauration scolaire pour les 7 prochaines années.

Alors que nous supposions, à regret, que la situation immuable des 17 dernières années allait perdurer (c’est à dire, deux prestataires se partageant l’approvisionnement des 45 000 repas/jour), la réalité est toute autre : le futur contrat accentue encore la centralisation et le monopole « historique » de la Sodexo en lui attribuant la totalité du futur contrat .

Si nous notons les avancées apportées « sur la papier » au contrat actuel, nous n’en restons pas moins dubitatifs sur le bien fondé d’une telle décision et sur la réalité des engagements qui seront pris dans le cadre de ce nouveau contrat.

En juin 2010, les parents d’élèves demandaient à l’occasion de son renouvellement que le contrat soit totalement remis à plat afin d’en étudier les améliorations attendues concernant :

- la prestation alimentaire avec l’introduction de produits locaux de qualité gustative et sanitaire (au sens d’exempts de produits toxiques) , respectant l’environnement et bénéficiant à l’économie locale.

- le retour à un mode de gestion à taille humaine, voire un retour en régie, visant à la fois un meilleur accès à la commande publique des fournisseurs locaux de proximité mais aussi plus de transparence dans la gestion financière et la rémunération des délégataires affichées ou « cachées »…

Force est de constater que le choix se porte vers encore plus de centralisation sous prétexte de rationalisation budgétaire (la vraie économie serait sur les restes de repas jetés chaque jour qui doivent représenter 25% à minima) ; On peut craindre encore plus de pressions sur les agriculteurs et les fournisseurs locaux, ainsi que sur la Ville, désormais seule face au mastodonte de la restauration collective.

C’est pourquoi :

- Nous regrettons que l’introduction de produits issus de l’agriculture biologique ne soit pas progressive avec la structuration inévitable de filières locales (à ce propos, il faudra nous expliquer ce que signifie des « cycles courts » terme utilisé par la Mairie dans sa délibération… car à part un programme pour lave linge…). Les objectifs du Grenelle sont certes dépassés mais de si peu (+10%) et pour 7 ans : Marseille restera donc, encore une fois, à la traîne des autres collectivités françaises dans 4 ou 5 ans alors que d’autres collectivités ayant choisi la progressivité ou d’autres modes de gestion plus souples auront permis de réels impacts sur la qualité des repas et la mise en place de filières durables et responsables. A ce titre les propositions du prestataire de se fournir en produits locaux ne se matérialisent pas par des engagements chiffrés. Donc comment savoir ?

Nous regrettons également que ces avancées ne concernent pas les viandes  pour lesquelles il n’est présenté aucune information quant à leur nature et leur provenance.

 

- Concernant le mode de gestion, nous dénonçons la main mise d’une seule société sur la gestion de ce service qui touche directement la santé de nos enfants… et notre porte monnaie.pieds_et_poings_lies
Le principe de la délégation, la globalisation du service (fabrication des repas, et services afférents) induisent  peu de transparence sur le service rendu et sur  le coût final pour la collectivité et pour les usagers. La ville a-t-elle réellement les moyens de vérifier ces points alors qu'aucun audit financier n'a été établi lors des DSP précédentes? (fait confiance, fait confiance...)

La centralisation autour d’un seul prestataire  et d’une seule cuisine pour la fourniture  des repas est inquiétante. Il est déraisonnable de compter sur les autres contrats du prestataire pour pallier toute défaillance. Et si ce dernier perdait ses marchés? Comment garantir la continuité du service public ? Pourquoi la ville avait le raisonnement inverse lors du renouvellement précédent de ce contrat (cf délibération du 10 mai 2004… ou notre questionnaire joint.)? Ne prend-on pas parfois les usagers (voire les élus) pour des idiots ?
 
De plus, plusieurs éléments indiquent clairement qu’une DSP ne se justifie plus dans la situation marseillaise. Elle pourrait tout aussi bien être requalifiée en marché public sur une durée moins longue (3 ans). Elle se justifie donc peut être au regard des prochains calendriers électoraux mais certainement pas au regard de la bonne conduite d’un service « moderne, ouvert et généreux ».

En résumé, quand on sait que les manœuvre comptables et financières utilisées par les sociétés de restauration pour faire des bénéfices sur les approvisionnements (les fameuses marges arrières) sont légion; que les objectifs affichés ne sont pas détaillés ou les engagements pris pas toujours respectés ; et qu’enfin, comble d’ironie, nous apprenons qu’au cours du contrat actuel, la société Sodexo a du s’acquitter d’amendes suite à des contrôles sanitaires indiquant la présence de germes (alors que sur les questions d’hygiène nous étions naïvement convaincus qu’un minimum de règles était respecté….), nous restons stupéfaits de cette décision de la Ville de renouveler sa confiance à un prestataire qui ne la mérite visiblement pas.

La vigilance reste donc aujourd’hui notre seule garantie pour accompagner la mise en oeuvre d’un tel contrat sans risque de dérives financières ou d’intoxication alimentaire. Les parents-usagers ne sont ils pas légitimes à demander que leur implication ne se limite pas à 3 commissions menus par an, par le biais de fédérations de parents d'élèves qui ne s'y rend(ai)ent pas. Commissions qui, pour l’heure, n’ont fait que prouver leur inutilité sur leurs capacités à influer sur le cours des choses ?

En conséquence, si une telle décision était prise lundi 16 mai 2011,
le Collectif Changeons la Cantine demande
qu’un Comité d’usagers en charge du suivi et du contrôle de ce contrat
soit mis en place par la Ville
,
afin d'illustrer la transparence et le dialogue que la Mairie affirme pratiquer.BD

Ce comité regroupera à la fois les représentants des fédérations de parents d’élèves + des parents volontaires désireux d’une plus grande transparence sur la gestion d’un service public dont ils assument le fonctionnement sans avoir aucun levier sur les décisions et modalités de mise en œuvre.

 

 

 

En prime, une petite BD de Pedrosa qui résume bien la situation à Marseille.